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« Je me retrouve, déclare ce mercredi Marie-Alice Théard, la maîtresse des lieux, dans le même état d’esprit qu’il y a 35 ans ». En effet,  quand elle a avoué à ses proches qu’elle voulait ouvrir une galérie d’art dans un pays où le pape Jean-Paul II dira peu de temps après : « Il faut que quelque chose change », on ne voulait pas la prendre au sérieux. On lui disait que ce n’était pas le bon moment, que c’était  un investissement trop risqué. Que cela n’aboutirait à rien puisqu’à l’époque elle ne représentait que trois artistes avec lesquels elle entretenait une relation amicale. «  Quand on entre dans une bataille, se rappelle-t-elle, où l’on n’est pas soutenu par son entourage immédiat et la famille élargie, il vaut mieux avoir le maximum d’outils ».

Elle qui était à l’époque une diplômée d’école hôtelière a dû reprendre le chemin des études pour se former à l’Institut français en histoire de l’art et de l’esthétique pour pouvoir faire marcher sa nouvelle entreprise. « J’ai eu raison de le faire, car ce que j’ai obtenu dans ce métier en matière de richesse humaine, je pense que j’aurais pu ne pas en trouver autant en tant qu’hôtelière », avoue-t-elle.

Difficile pour elle de comptabiliser le nombre d’expositions réalisées dans sa galerie en 35 ans. Les 10 premières années, elle en faisait une chaque mois pendant 10 mois. Ensuite quatre par années. Et depuis un certain temps, elle en organise une selon le climat de stabilité qui plane sur le pays.

Pour organiser une exposition, il lui faut trouver l’artiste d’abord. « Il incombe pour moi qu’il ait du souffle », précise-t-elle.  Ensuite il lui faut trouver le public auquel l’exposition en question plaira,  car l’artiste, selon elle, pense naturellement à la vente de ses œuvres en plus du succès d’estime. La stratégie secrète de Marie Alice, c’est de faire en sorte de vendre les œuvres avant même d’annoncer l’exposition.

Il faut s’assurer que l’exposant ait l’impression d’être le centre du monde. « Il faut aimer, dit-elle, l’âme qui va colporter le message qu’on va exposer sinon on n’aura pas l’harmonie nécessaire pour réussir l’exposition ».

Le succès d’une exposition repose, à ses dires, sur le fait que le public jette un regard sur les cimaises de la galerie. C’est très important que les gens regardent selon elle, même si a priori ils n’ont pas d’affection pour l’exposant ou qu’ils n’achètent pas. L’enjeu, c’est de pouvoir attirer les regards et idéalement créer la sympathie pour son œuvre. Un autre marqueur de succès pour une exposition,  c’est que cela attire un chercheur, un muséologue ou autre fin connaisseur. «  En toute humilité je peux avouer que ce que j’expose chez  moi peut être exposé partout dans le monde ou peut intégrer n’importe quelle collection importante », confie l’auteure de Star.

Durant les 35 ans, il lui est arrivé d’aller chercher elle-même les artistes, d’autres fois, c’est l’inverse qui se produit quand ce n’est pas le jeu des hasards. Sa rencontre avec Annick Duvivier peut illustrer le troisième cas. Quand elles se sont rencontrées, ce fut le coup de foudre immédiatement.

Selon la galeriste et animatrice de Festival Arts, ce qui peut être perçu comme difficulté dans son métier est plutôt un ensemble de défis constants à relever. « Ce n’est pas un jeu d’enfant d’exposer un artiste. Il faut constamment s’assurer que l’artiste vende et en même temps que l’observateur fasse l’acquisition d’un produit de qualité et en soit satisfait. Or, en principe, dans cet univers, on n’est pas censé marchander une œuvre. Un produit n'est acquis que par émotion», explique-t-elle.

Sa plus grande satisfaction, c’est que la plupart des jeunes artistes qu’elle a fait découvrir au public sont devenus des étoiles bien au-delà du cadre haïtien. Il y en a une, un peu pleine d’elle-même, qui lui a dit un jour qu’elle ne pourrait plus exposer dans « sa petite galerie » puisqu’elle expose désormais dans de grandes galeries d’Europe. « Cela ne m’a point choqué, bien au contraire, si elle parvient à avoir une aura ailleurs, c’est de bonne guerre pour l’art haïtien », avoue la numéro un de l’institution jubilaire.

Le nom « Festival Arts » a été choisi en équipe. C’était dans l’idée de parler de lumière, de feux d’artifice à une époque où le pays était plongé dans une sorte de pénombre d’incertitude,  notamment pour le gouvernement en place à l’époque.

Comme d’habitude, la règle, c’est de proposer un jeune talent entouré d’autres artistes confirmés. Pour les 35 ans, le choix est porté sur Rose Marie Théard. L’exposition collective réunira par conséquent du 17 novembre au 12 décembre cette dernière ainsi que sept autres peintres, une verrière, une bijoutière et un artisan de lampes. Le 15 décembre, une autre artiste prendra la relève avec une exposition de portraits à l’huile, environ une quarantaine. Ce sera l’occasion pour Marie Alice de présenter à nouveau son ouvrage baptisé « Star » qui parle d’une trisaïeule qui a vécu dans le Sud au 19e siècle.

L’ambition de Festival Arts, est d’exposer qu’il pleuve qu’il tonne, qu’il y ait des hécatombes. C’est de mettre en valeur l’art haïtien. A ceux qui viendront voir cette exposition qui s’est ouvert le 17 novembre à 10 h du matin,  elle leur dit à l’avance « onè » et promet de leur dire à leur départ « respè ».